HENRI  MATISSE    (1869  -  1954)

 

    -« NU ROSE »     (1935)     66x92 cm.

 

    Collection Cone, Museum of Art   - Baltimore - (USA)

 

Chef de file du “fauvisme”, qui de 1904 à 1908 devait fortement marquer de son empreinte l’art pictural français, Matisse par l’ampleur et la puissance de son imagination créatrice a largement dépassé ce mouvement pour devenir l’un des artistes clef de la peinture du XX° siècle.

Matisse a beaucoup voyagé pendant une grande partie de sa carrière visitant : Londres, la Corse, St. Tropez, l’Allemagne, l’Espagne, le Maroc, Tahiti, les U.S.A. à San Francisco, New York pour ne citer que les lieux principaux ; tous ces déplacements auront une influence prépondérante sur son œuvre.

Son installation à Nice à partir de 1921 aura un effet capitale, lui permettant de découvrir la lumière colorée du midi méditerranéen qu’il va abondamment reproduire dans des scènes aussi bien extérieures que d’intérieurs, où la femme ne manquera pas d’apparaître au gré de ses fantaisies picturales, mais où sa préoccupation principale est d’ordre chromatique.

 

               

 

Matisse a réalisé un nombre considérable de nus féminins, il n’y a que l’embarras du choix, d’ailleurs une grande partie de son œuvre glorifie le corps féminin ; mais son « Nu rose » de 1935 est assez représentatif de la synthèse à laquelle il parvient sur les recherches entreprises qui l’amènent à rejeter le fauvisme, l’abstraction, à surmonter et dépasser l’éternel dilemme ligne/couleur, pour finalement aboutir à ce rapport parfaitement équilibré des formes esquissées et fortement colorées dans l’espace.

Exercice au demeurant périlleux et malaisé, en effet il n’était alors pas évident de faire ressusciter les figures après la tornade du cubisme !

Cette œuvre est aussi une des retombées de la grande fresque de la « La danse » réalisée pour la plus grande salle du Musée de la Fondation du Dr. Albert Barnes à Merion dans l’état de pennsylvannie aux États Unis, qu’il mettra plus de trois mois à concevoir et peindre de 1930 à  1933.

De la même manière, il mettra plus de six mois à la réalisation du « Nu rose »,

Effectuant pas moins de 22 études préliminaires avant de parvenir à la perfection de l’œuvre finale.

Il s’agit d’un gros plan rapproché sur un nu, débordant sensiblement du cadre que s’est alloué l’artiste, ce qui a pour effet de libérer d’amplifier le volume féminin dans ses formes subtilement stylisées.

La poitrine est parfaitement suggérée par deux demi courbes, comme dans une rêverie du « cercle », chère à Matisse, et qui contraste singulièrement avec les droites entrecroisées du décor.

Le modelé des formes corporelles semble vouloir avoir été sensiblement intensifié exprimant ainsi toute la potentialité féminine dans sa nudité naturelle.

Enfin la couleur choisie, ce rose tendre, ne fait qu’accentuer cette féminité en évoquant à l’extrême la chair colorée et dépouillée.

Ainsi Matisse parvient à émotionner, non pas par l’intermédiaire d’un réalisme conventionnel d’atelier, mais grâce à un surgissement et une apparition de suggestions picturales originales et inédites.

 


 

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