HENRI  GERVEX   (1852 – 1929)

 

        -« ROLLA »      (1878)   175x220 cm.

 

        Musée des Beaux-Arts   -   bordeaux

 

Élève de Cabanel, Gervex se rattache aux peintres « pompiers » du XIX° siècle, mais avec des affinités pour l’impressionnisme de par ses amitiés avec plusieurs peintres de cette école, notamment Renoir, Degas et Monet.

Cependant et malgré quelques tentatives de type impressionniste sa technique reste classique et strictement académique, ce qui lui, permettra plus tard de devenir membre du jury du Salon officiel.

 

                         

 

Auparavant sa toile « Rolla » avait néanmoins été refusé au Salon pour « immoralité » ; ce nu ayant scandalisé le jury par sa nudité vraie, par opposition aux nudités bibliques parfaitement admises ; ce qui caractérise assez bien l’hypocrisie ambiante du XIX° siècle.

Il est vrai que pour l’époque et malgré l’académisme du style, ce tableau pouvait paraître outrageux de par sa représentation hautement réaliste d’un sujet scabreux. L’œuvre fut alors exposé avec le plus grand succès dans un grand magasin parisien.

C’est une artiste de théâtre, Ellen André, qui pose pour le peintre, on la retrouve également comme modèle de Manet, ainsi que de Degas dans « l’absinthe » (1876).

Le thème de l’œuvre est tiré d’un long poème d’Alfred de Musset intitulé « Rolla » publié en 1833, qui idéalise l’histoire somme toute assez banale d’un jeune dépravé au tempérament d’aristocrate, qui gaspille rapidement la fortune qu’il a héritée, dans une vie de débauche, et qui fait le serment de se suicider lorsqu’il sera ruiné.

La scène du tableau se situe juste avant le suicide et après que Jacques Rolla ait passé une dernière nuit de débauche avec la jeune et belle Marion !

 

            « Marion coûtait cher – pour lui payer sa nuit,

            il avait dépensé sa dernière pistole.

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Pauvre fille à quinze ans ses sens dormaient encore,

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Lève toi, les seins, belle prostitué.

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Rolla se détourna pour regarder Marion

Elle se trouvait lasse, et s’était endormie. »

 

Ce poème est considéré un peu comme une confession de Musset, se transposant lui-même sans son héros ; or il est apparent que le peintre, dans un style rempli de délicatesse, parvient relativement bien à convaincre qu’aucune autre issue ne semble envisageable après être passé entre les bras d’une telle créature de rêve, incarnée et idéalisée par cette superbe nymphe à la peau diaphane, innocemment étendue dans toute la nudité d’un sommeil angélique.

 

 


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