LE NU FÉMININ                               par Michel-A. Marquet

 

 

 

         Dieu créa la femme, et l’homme par le truchement de la peinture n’a cessé de tenter de la reproduire et de la représenter à sa manière, sans doute parce que comme Ingres a pu dire :

« Le meilleur moyen de posséder une femme, c’est encore de la peindre » !

            Le nu féminin a inspiré les artistes depuis l’antiquité ; les sculpteurs tout d’abord, dont la technique s’est avérée la plus appropriée à ce type de représentation, puis ensuite les peintres tant Grecs que Romains, dont il reste malheureusement bien peu d’œuvres.

            Une chose est certaine, en ce sens que la fascination exercée par la femme sur l’homme n’a cessé de développer son inspiration ; les peintres ont tenté de percer le mystère de la femme par l’intermédiaire de leur palette en la reproduisant sous toutes ses formes, dans toutes les poses, sous tous les angles et sous toutes les coutures, ce qui à maintes occasions n’a pas manqué d’aboutir à de remarquables résultats.

 

   Création d'Ève 1508/12 - Michelangelo 1475-1564 - La chapelle Sixtine - Rome

 

           Le thème féminin exprimé dans sa nudité, est sans conteste l’un de ceux ayant le plus inspiré les peintres, peu d’entre eux y ayant échappé, et qui pourrait bien s’en plaindre d’ailleurs, face aux résultats engendrés.

            Si l’évolution subie par le nu féminin est fascinante, l’expression des divers sentiments que les peintres ont pu manifester envers la femme ainsi représentée, d’ailleurs souvent inconsciemment exprimés, ne l’est pas moins.

            Un parcours à travers les âges et les écoles de peinture permet de découvrir un intéressant panorama de la conception du nu féminin, avec au départ la forme la plus classique et la plus idéaliste, pour ensuite évoluer vers des réalisations souvent plus réalistes ou plus symboliques, sans non plus manquer d’évoquer parfois un érotisme inéluctable, ou même une sensualité débordante.

            Mais le peintre n’est pas seulement un voyeur au goût artistique élaboré ; il exprime le plus fréquemment les sentiments, les fantasques et les pulsions qui l’animent devant cette mystérieuse créature si insaisissable, qu’il a parfois bien du mal a maîtriser. Aussi révèle-t-il ainsi son admiration, son respect, son besoin, son désir, son amour, son impuissance, sa peur, mais aussi parfois sa haine, et bien d’autres états d’âme encore.

            C’est bien en cela que se distingue la peinture, art qui sur ce thème particulier parfois décrié par certains n’y voyant que de vulgaires et somptueuses créatures généreusement dévêtues, n’a d’égal avec aucune autre discipline. Tout le talent du peintre étant de parvenir d’une manière ou d’une autre à finalement faire palpiter la chair, là où « l’œil de veau » de l’appareil photo n’aboutit même pas forcément à créer l’illusion.

            Et en dépit de tout cela, le mystère de la femme n’a pas encore été dévoilée ; et bon nombre de peintres ne manqueront pas de rester attelé à cette tâche, telle cette femme peintre contemporaine française Annette Messager qui nous annonce :

« Si la femme était bonne, Dieu aussi en aurait une » !

            Alors finalement, la femme est elle une erreur de Dieu, ou bien un fantasme de l’homme ?

 


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